
QUAND LES PATRONS DE CASINO DÉPASSENT LES BORNES
La négociation de branche relative à l'augmentation des minima conventionnels se solde par un échec. Le projet d'accord proposé par les deux syndicats patronaux n'a, en effet, recueilli aucune signature d'organisation syndicale.
Rappelons que le projet patronal prévoyait une augmentation des minima mensuels de 1,5% pour la plupart des niveaux ainsi que le remplacement progressif des minima mensuels par des minima annuels.
Force Ouvrière a naturellement refusé de signer un tel recul social pour au moins deux raisons.
En premier lieu, nous avons jugé qu'une augmentation de 1,5% des minima mensuels, alors que l'inflation a été officiellement de 3,3% sur les 12 derniers mois ne garantissait pas le strict maintien du pouvoir d'achat des salariés de la branche.
En second lieu, nous avons estimé que l'instauration de minima annuels telle que le proposait la partie patronale, aurait été préjudiciable aux employés. En effet, Casinos de France et Casinos Modernes proposaient de comptabiliser les primes dans le calcul des minima annuels alors que celles-ci ne sont pas comprises dans le périmètre des minima mensuels.
Tout au long des réunions paritaires consacrées à cette négociation (21 novembre, 12 décembre, 16 janvier, 13 février et 17 avril), nous avons indiqué aux patrons que nous souhaitions rester dans le cadre d'une négociation classique de revalorisation annuelle des minima mensuels conventionnels. Ce souhait a d'ailleurs été exprimé à plusieurs reprises par les autres organisations syndicales, sans que la partie patronale ne tienne compte de ces remarques.
L'entêtement des employeurs mérite d'être analysé : au mieux, les casinotiers pensaient arracher, par ruse ou pas usure, l'accord d'un syndicat ; au pire, les mêmes avaient décidé d'emblée de faire échouer les négociations.C'est vraisemblablement l'avenir qui permettra de répondre à cette question mais il n'en demeure pas moins que cette situation crée un précédent. C'est effectivement la première fois que les négociations sur les minima s'achèvent sur un constat de désaccord aussi profond.
Les conséquences d'une telle situation (dont les patrons portent l'entière responsabilité) sautent aux yeux. Depuis la réévaluation du SMIC intervenue le 1 er avril dernier, les deux premiers indices des grilles (100 et 105) sont inférieurs au salaire minimum. Pire encore, cette situation risque de s'aggraver le 1er juillet prochain à l'occasion de la nouvelle augmentation du SMIC. Pour mémoire, en octobre 2004, la négociation de branche avait déjà échoué, entraînant l'appel intersyndical à une journée de grève le 31 décembre.
Dans l'immédiat, nous allons également nous tourner vers les pouvoirs publics pour souligner une contradiction. Alors que le gouvernement annonce son intention de sanctionner les branches professionnelles qui possèdent des minima inférieurs au SMIC, est-il cohérent d'offrir sur un plateau aux casinotiers la législation des casinos sur internet comme cela a été annoncé le 6 juin dernier par le ministre du Budget ? Un projet de loi va, en effet, être proposé au Parlement à l'automne et les patrons de casinos comptent bien obtenir se ruer sur cet eldorado.
Or, les 17 000 salariés de la branche n'ont rien de bon à espérer d'une législation qui entraînera ipso facto une baisse de la fréquentation des casinos et une menace sur l'emploi et les salaires. Même s'il est de notoriété publique que les intérêts des patrons de casinos n'ont jamais été aussi bien défendus que depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, le futur débat autour des casinos sur internet sera l'occasion pour tous les employés de faire entendre leur voix et de mettre en lumière les pratiques des patrons voyous qui sévissent dans la branche.


