
Déclaration commune
patrons/CFDT, CGC, CFTC: POURQUOI FO NE SIGNE PAS
Vous avez peut-être vu passer une déclaration commune signée par les 2 syndicats patronaux, la CFDT, la CGC et la CFTC demandant au gouvernements des cadeaux fiscaux et des modifications de la réglementation. Force Ouvrière a décidé de ne pas soutenir cette démarche. Voici pourquoi.
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Tout d’abord, si nous constatons, comme tout le monde, une baisse de la fréquentation des casinos, nous restons prudents sur son ampleur. Nous n’adhérons pas aux discours catastrophistes entendus ici ou là et préférons attendre la publication des chiffres officiels du Produit Brut des Jeux de l’exercice 2007/2008 qui ne saurait tarder.
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Nous ne partageons pas non plus l’idée véhiculée par le texte selon laquelle cette baisse serait due à l’interdiction de fumer et à la mise en place du contrôle aux entrées. Ce dernier est effectif depuis le 1er novembre 2006, ce qui n’a pas empêché l’exercice 2007 qui a suivi d’atteindre le niveau le plus élevé de l’histoire des casinos. Quant au tabac, s’il était responsable de la baisse de la fréquentation, comment expliquer que celle-ci ne concerne que les machines à sous ? L’interdiction de fumer concerne aussi les jeux traditionnels et pourtant leur fréquentation va crescendo.
Pour FORCE OUVRIERE, la cause essentielle du recul de la fréquentation trouve son origine dans la crise économique actuelle en général et dans l’effondrement du pouvoir d’achat d’une grande partie de la clientèle en particulier. Comme des millions de Français, les clients constatent qu’après avoir réglé les dépenses relatives au logement, à l’énergie, au transport et à l’alimentation, il leur reste à peine de quoi finir le mois et certainement pas de quoi se rendre dans un casino.
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Enfin, nous sommes en désaccord absolu avec la partie du texte prétendant que la diminution de la fréquentation « a pour effet direct une impossibilité de parvenir à des négociations salariales qui puissent emporter l’adhésion des syndicats de salariés ». L’échec des négociations de revalorisations des minima conventionnels n’est pas dû au contexte économique (qui était favorable l’an dernier) mais plutôt à l’attitude des syndicats patronaux qui ont cherché à imposer l’intégration des primes et des pourboires dans les minima conventionnels, la suppression des minima mensuels ainsi que la généralisation de la polyvalence.
Fatalement, une telle divergence d’appréciation sur l’ampleur et les causes de la situation actuelle nous amène à de profonds désaccords sur les mesures à adopter.
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A propos des mesures fiscales réclamées, nous considérons globalement qu’elles ne serviront qu’à augmenter la marge bénéficiaire des casinotiers, mais ne résoudront en rien la baisse de la fréquentation. De plus, cette mesure éventuelle se traduira par une diminution des prélèvements opérés au profit des communes alors que leurs finances sont actuellement mises à mal pour diverses raisons.
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Quant aux mesures réglementaires sollicitées auprès du Ministère de l’Intérieur, elles ne sont pas sans nous rappeler quelques souvenirs. En effet, la généralisation des versions électroniques des jeux traditionnels, ainsi que la possibilité de supprimer les jeux traditionnels selon le bon vouloir des patrons. Autant de revendications déjà mises en avant par les casinotiers il y a deux ans et que la grève nationale du 31 décembre 2006 avait fait échouer. Nous étions déjà opposés à ces mesures car elles visent à supprimer des milliers d’emplois et transformeraient les établissements en hangar à machines à sous. Nous le sommes toujours et entendons tout faire pour éviter qu’elles voient le jour.
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Enfin, nous ne partageons nullement l’idée de réserver le marché des jeux en ligne aux seuls casinos « en dur ». Comme chacun sait, l’éventuelle légalisation des casinos sur internet se traduirait par la défection, à court terme, d’au moins un tiers de la clientèle. Ce choc considérable -bien plus grave que la baisse de fréquentation actuelle qui semble inquiéter les signataires- se traduirait par la fermeture de plusieurs dizaines de casinos et par des milliers de suppressions d’emplois dans tous les autres.
Voilà pourquoi nous avons proposé de demander, ensemble, au gouvernement de reporter à plus tard (quand la fréquentation sera repartie à la hausse), la légalisation des casinos en ligne prévue en 2009. Il n’est pas trop tard puisque le Ministre du Budget présentera son projet de loi devant le Parlement courant décembre. Les patrons ont malheureusement refusé d’intégrer cette proposition en espérant, peut-être, que les casinotiers, à défaut des employés, tireront profit de cette légalisation.
Pourtant, la taille des sociétés qui attendent cette légalisation pour se ruer sur le marché du jeu en ligne devrait inquiéter : opérateurs anglo-saxons, chaînes de télévision françaises, groupes de la grande distribution et autre Française des Jeux déploieront des moyens financiers considérables qui balaieront les casinos français, et en premier lieu ceux de taille moyenne.
Enfin, nous ne pouvons que regretter l’absence de tout engagement chiffré de la part des employeurs en matière d’augmentation des salaires au cas où leurs revendications fiscales et réglementaires seraient satisfaites. Au moins auraient-ils pu s'engager à remettre le premier niveau de la grille des minima conventionnels au niveau du SMIC, alors qu’il est inférieur de près de 3%. Tel n’est pas le cas et ils ne proposent aucun chiffre ni aucune date, ce qui en dit long sur les retombées que les salariés peuvent attendre de cette démarche.
Dans de telles conditions, FORCE OUVRIERE a décidé de ne pas s’associer à cette déclaration commune. Par ailleurs, nous nous réservons le droit d’informer les salariés de notre analyse et de nos positions. En définitive, ce sont eux qui auront le dernier mot.
Paris, le 30/10/2008
David ROUSSET


